La Plaine-St-Denis

Au 19e siècle la Plaine-Saint-Denis, territoire intercommunal partagé entre Saint-Denis, Aubervilliers et Saint-Ouen, connaît un développement industriel conséquent. Ce territoire se structure autour des grandes usines qui s ́y installent, attirées par les terrains bons marchés et reliés à des infrastructures de transport denses. Le « quartier des passages » aussi appelé « La petite Espagne » voit l’arrivée de très nombreux Espagnols appartenant à la vague migratoire des Trente Glorieuses. La première moitié du 20e siècle voit des ouvriers, essentiellement des migrants d’origine espagnole, s’installer dans les espaces laissés libres par les usines. Ils y construisent eux-mêmes des habitations de fortunes puis des maisons sur des terrains inoccupés. Les propriétaires des terrains, qui louaient auparavant à des maraîchers, ont incité le lotissement de leurs parcelles. En 1970 la Plaine connait une crise profonde engendrant la disparition des grandes unités de production. Ce déclin vient s’inscrire dans un contexte régional particulier : la mutation des industries du Nord Parisien. Afin de remédier à cette désindustrialisation, les villes de Saint-Denis, de Saint-Ouen, et d'Aubervilliers décident de mettre en place une spectaculaire reconversion via un projet urbain, devant permettre la transformation de cette zone industrielle en une véritable ville active. Ce projet de redynamisation fait notamment voir le jour au Stade de France, ainsi qu’aux studios de télévisions. La Plaine, attire dorénavant les investisseurs et les promoteurs immobilier, preuve que le projet de reconversion a porté ses fruits.

Cependant, aujourd’hui, ce bout de quartier qu’est « La petite Espagne » produit une réelle rupture avec l’ensemble de la Plaine. En effet, bien que cette dernière soit en perpétuelle transformation et reconstruction, ce petit espace ne conserve que des maisonnettes insalubres, qui tombent en ruine.
Souhaitant restructurer et réhabiliter cette zone qui est devenue beaucoup trop précaire et nuit à l’image de la Plaine, les aménageurs se sont trouvés confronté à des complications. En effet, ces habitations sont liées à un véritable désordre juridique : les terrains lotis appartenant à des propriétaires privés et les murs à d’autres, puis logements qui, pour la plupart, sont eux-mêmes occupés par des locataires, il est donc presque impossible de trouver la personne concernée pour entamer le processus.

Pour ce projet, je me suis intéressée aux problèmes que subissent ces logements précaires, en rupture esthétique totale avec le reste de la Plaine. Pour se faire, j’ai voulu mettre en place un protocole de prise de vue confrontant certaines de ces maisons délabrées face à ce paysage réhabilité. Cette décentralisation est traduite ici de manière onirique grâce à une lévitation des maisons concernées, visant à montrer que malgré l’évolution urbaine et la volonté de modernisation, il existe encore des éléments en suspens créant une fracture visuelle percutante au sein de la Plaine.